Trois mois sans râler, c'en est trop pour moi.
Connaissez-vous les biffins ?
Je dois bien avouer qu'avant que Claudie ne m'en parle, moi non plus !
Lorsque ce ne sont pas des soldats, les biffins sont à l'origine de la naissance de ce qu'on appelle "les puces" à Paris.
Aujourd'hui, les puces sont investies par les antiquaires et sont totalement détournées de leur fonction originelle.
Pour autant, les biffins existent toujours bel et bien. Ou plutôt, ils sont en voie de réapparition :
Ce sont des personnes (chômeurs, mères célibataires, travailleurs à temps partiel subi ou retraités, le plus souvent) qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, et qui, pour conserver un toit ou tout simplement pour avoir de quoi se nourrir, récupèrent des objets sur les trottoirs ou dans les poubelles, leur redonnent une seconde vie (n'est-ce pas là l'essence même du recyclage ?) et les revendent à des moins pauvres qu'eux.
Un genre de vide-grenier permanent, mais dont les enjeux, pour les vendeurs, sont autrement vitaux : on ne parle pas ici d'arrondir ses fins de mois, mais de tenter de les boucler.
Pourquoi un article sur ce sujet ?
Parce qu'à mon sens, cette résurgence de temps qu'on croyait révolus est significative d'une certaine décadence de notre société, ainsi que du comportement irresponsable et aveugle des politiques. Sans oublier de celui, proche d'un régime dictatorial, de certains fonctionnaires chargés de faire respecter la législation.
En effet, comme ils sont sensés ne plus exister, les biffins n'ont aucun statut. Dès lors, la loi ne les autorise pas à vendre quoi que ce soit sur la voie publique. Il s'ensuit que, sur ordre du Préfet, les forces de l'ordre procèdent "au vidage" pour le moins musclé des lieux.
Si, en l'absence de textes et en faisant abstraction de la morale, le fond n'est pas contestable, la forme, elle, en revanche l'est : pour éviter que les biffins ne reviennent s'installer, on n'a rien trouvé de mieux que l'humiliation et la pression de l'argent.
Les marchandises sont volontairement piétinées et leur volume (qui sert de base au calcul des PV) est systématiquement surévalué.
Mais si la police est effectivement autorisée à confisquer les marchandises, elle n'est en aucun cas habilitée à procéder à leur destruction.
Ainsi, la double peine existe-t-elle bel et bien en France : un biffin peut se voir verbaliser pour un montant quotidien de 344 euros (vous gagnez ça, vous ?) et voir le fruit de son travail réduit en poussière d'un malencontreux coup de talon de chaussure de sécurité.
La réponse à cette honte est forcément politique. Sauf que...
Après s'être tournées vers la mairie du XVIIIème arrondissement (dont le maire, socialiste, est Daniel Vaillant) et vers la mairie de Paris (dont le maire, socialiste est Bertrand Delanoë) les associations se sont rendues à l'évidence que la seule volonté politique affichée (pour une fois unanime), est celle de cacher ces pauvres que nous ne saurions voir.
Pas assez bling-bling pour notre société nouvelle, les pauvres.
La gauche caviar a-t-elle définitivement boulotté la gauche historique ?
Difficile d'imaginer à quel point cette question est pertinente : l'une des associations a découvert que la mairie béluga du XVIIIème utilisait l'argent public (10 000 euros mensuels tout de même !) pour louer une benne de récupération des marchandises qui échappaient au massacre...
Mais au-delà de cette question des biffins se pose celle, plus vaste, des travailleurs pauvres et de cette catégorie de personnes consciencieusement exclues du système par des politiques plus fiévreux de réussite personnelle que de réussite collective.
Le paquet fiscal, l'allongement de la durée du travail, le massacre "méthodiculeux" de la fonction publique, la suppression de l'engagement de l'Etat dans les cartes familles nombreuses, les déremboursements de plus en plus nombreux des médicaments... tout ceci participe à la disparition d'une notion dont le pays pouvait pourtant être fier : la solidarité.
Malheureusement ma pôv dame, la solidarité, c'est pas côté en bourse.