Maternité côté père, cuisine légère, photos et autres amuseries au fil de l'eau. Blog garanti sans pub.
Je me rappelle, avec une certaine mélancolie depuis hier, le médecin de mon enfance. Lorsque j'étais malade, toujours en hiver, coincé tout au fond du cocon douillet de mon immense lit et que mon père appelait le docteur, je me plongeais de suite dans l'attente comateuse et littéraire de sa venue.
La sonnette qui retentissait une ou deux heures plus tard, autorisait l'entrée dans ma chambre d'une bonne odeur de frais apportée par le costume et la malette de celui qui imposait le respect par sa prestance, son savoir et son stétoscope. Qui peut imaginer la place dans l'imaginaire collectif de cet outil mystérieux ? Cette passerelle à la forme improbable semblait lui donner l'accès à des mondes intérieurs inconnus que lui seul était en capacité d'interpréter devant les yeux admiratifs du paternel.
L'examen n'était jamais bien long, juste ponctué de "mmh", de "bien" ou de simples regards évasifs semblant chercher une réponse dans cet univers parallèle. Le diagnostic en comparaison, paraissait presque brutal : "c'est une angine". Ensuite, se mettait en route la machine à prescription qui lui donnait une nouvelle dimension située entre la cuisine et la sorcellerie. Enfin, il partait et l'on savait que la guérison avait déjà commencé.
Hier, lorsque je suis rentré du travail, Théo avait 40,4 ° de température. Après un bain tiède qui lui a fait "baisser" à 39,7 j'ai entrepris d'appeler le médecin.
- "Venez vers 19 h 30" m'a-t-il dit.
- "Euuuh, j'ai un bébé de 15 mois avec plus de 40 de fièvre, il fait - 3 dehors, vous ne voulez pas venir, plutôt ?"
- "On ne se déplace plus, mais vous pouvez essayer un autre cabinet"
Je m'exécutais donc et me tournais vers ses confrères... avec le même insuccès. Au bout de 4 tentatives infructueuses, je finis par retourner à la case départ en admettant qu'il nous faudrait sortir le lionceau.
La visite se fait normalement, le verdict tombe : "angine... va falloir que vous trouviez la pharmacie de garde à cette heure" (ben oui, forcément !)
Sortie de chez le médecin, direction la pharmacie la plus proche. Fermée, aucun affichage qui puisse nous aider... direction la pharmacie la plus proche de la pharmacie la plus proche : fermée, pas d'affichage mais une indication qui invite à aller au commissariat...
Au commissariat ??... mais on ne veut pas les voler, les médocs !!
Bon, on s'exécute, et on file chez la police. Là, après avoir passé la barrière de l'interphone protégé par une vitre en plexiglas trouée juste pour permettre à un index de taille réglementaire de sonner, je dois encore montrer patte blanche pour passer une double porte automatique.
Mes explications étant données, le planton me réclame une ordonnance du jour, passeport obligé pour qu'il m'indique l'adresse de la pharmacie de garde. Les yeux éberlués par cette situation et quelque peu sonné, je lui tends le papier réclamé, précieux sésame pour la quête de notre Graal. A la vue de celui-ci, il décroche le téléphone, dont je doutais qu'il sache se servir, et avertit le pharmacien de garde qu'il dirige des clients vers lui.
Je sors du commissariat avec fierté et une nouvelle énergie impulsées par le dénouement proche de notre calvaire.
C'était oublier un peu vite le dernier maillon de la chaîne : le pharmacien.
Après avoir tourné un certain temps compte tenu des indications très succintes de l'uniforme sorti de force de ses considérations philosophiques quelques minutes plus tôt, nous garons la voiture face à la devanture grillagée de l'officine. Là encore, rien n'indique que le lieu soit habité, si ce n'est une faible lueur à l'intérieur et l'enseigne clignotante qui, jen suis sûr, nous nargue.
On sonne. Du temps passe.
Une lente animation fait naître un espoir dans nos coeurs meurtris. Une silhouette qu'on croirait d'un vieillard s'approche, ouvre péniblement la double porte automatique (encore !) mais le gros rideau de fer grillagé reste désespérément baissé. Il nous faut faire passer l'ordonnance par une minuscule ouverture découpée au travers du rideau froid et inaccueillant.
Après d'interminables minutes avec un Théo fatigué de fièvre et d'attente dans la voiture, enfin en possession des médicaments qui devraient lui faire baisser sa température, nous rentrons à la maison.
Bienvenue chez Mad Max.
J'ai changé d'époque, et je ne m'en étais pas rendu compte.