Bon alors, c'est de saison, tout le monde y va de sa petite bafouille perso, alors après tout pourquoi pas moi ? Au moins, ça fait des embauches à la Poste.
C'est parti :
"Cher Père Noël,
(ou n'importe qui d'autre de ta famille, s'agirait pas qu'il y en ai un qui se défile)
je m'adresse à toi, parce que je me rends compte que tu es un précurseur à ta manière : en bossant à ton âge, tu prépares les esprits à l'idée d'une retraite en forme d'arlésienne et bientôt, comme toi, une majorité de gens n'ira travailler au mieux qu'une fois par an.
Sauf que toi, après ton boulot d'un jour, tu vas retrouver la douceur d'un foyer, entouré de lutins et de rennes (chacun son truc, je ne juge pas) parfois suspects (vu son nez, à mon avis, il y en a un qui boit). Et là, tu vas attendre patiemment un an pour t'y remettre, sans qu'on te prenne la tête s'il te venait à l'idée de refuser un emploi précaire et loin de chez toi dans le laps de temps.
Mais bon, je suis de ceux qui pensent que pointer les pauvres privilèges des uns ne sert qu'à éviter d'avoir à niveler le monde par le haut d'une part, et détourne l'attention de l'auditoire des vrais gros privilèges dorés des autres, d'autre part.
Mais quand même, depuis le temps que tu fournis nos bambins en jouets toxiques made in China, il serait peut-être temps de s'intéresser au sort de leurs parents, non ? Parce que quel plus beau cadeau peut-on faire à un enfant que de lui offrir des parents beaux, heureux et équilibrés dans leurs vies ?
Hier sur France Inter :
"Un SDF est mort de froid la nuit dernière, alors qu'il avait refusé un hébergement d'urgence à plusieurs reprises".
Cette manière honteuse de diffuser l'information permet de déculpabiliser les responsables politiques : du coup ils ne se posent pas la gênante question de savoir pourquoi il avait refusé cet hébergement au péril de sa vie.
Comme la ligne droite, le politique va au plus démago : "il a refusé la main tendue, il l'a un peu cherché, non ?" Combien d'auditeurs ont fait le même raisonnement ?
Bien confortable, la ligne droite.
Alors voilà le deal : rends leur fierté à ces personnes qui n'ont pour tout vêtement que le regard oblique de la société des gens honnêtes, chère à Brassens. Je parle bien de fierté, et uniquement de fierté, car de la dignité, ils en ont bien plus que les plupart de ceux qui les jettent à la rue en les pointant d'un doigt accusateur et manucuré.
Je sais que tu n'es ni Superman, ni Joséphine ange-gardien, alors je serai indulgent : toi , le Père Noël qui a lu ces quelques lignes jusqu'au bout, sois attentif à la manière dont on veut bien te donner une information et révolte-toi chaque fois que cela t'est possible.
La révolte est le privilège des vivants.
PS : sinon, le 43 à gauche de la cheminée, c'est mes chaussons à moi... "